BIS DER STEIN VERGEHT  (De l'érosion et de la fugacité du temps)
Jusqu'à la pierre se pulvérise, se décompose et s'anéantisse...
Comment l'imaginer ainsi alors qu'elle est encore intacte, paraissant immuable?
C'est un défi lancé à l'artiste, titillé par l'immobilité de la matière, que de vouloir la maîtriser.

   Les pierres me fascinent depuis que traîné presque de force, il y a bien des années, dans la région des Vosges du Nord-Pfälzerwald - pourrait-on en effet imaginer endroit plus ennuyeux et inintéressant?- je fus saisi d'étonnement par l'aspect rétif des paysages dont je découvrais toute la beauté. Il y a quelques cent-millions d'années le plissement hercynien fait surgir le socle des Vosges. Comment se représenter un tel espace-temps? Et comment concevoir que ce qui existe depuis si longtemps déjà pourrait durant notre brève vie humaine subir des transformations?
   A un certain moment, ces massifs pierreux ont pris de la hauteur. La période glaciaire ne les a pas affectés et les épaisses couches gréseuses sont restées en l'état.
Ils composent un paysage aux formes empilées qui en moi à chaque fois évoque mes précédentes visites. Et chose que je ne voulais admettre jusqu'alors: l'effritement de la pierre apparait visiblement  A chacun de mes pélerinages vers l'éternité, c'est ce que je perçois; ce que j'ai perçu et perçois, les attaques que subissent ces formes sous  l'action de l'homme, des animaux et de l'érosion, je les consigne par des dessins d'acryl sur la roche même et ils s'estompent d'une année sur l'autre.
Et quand je retourne là-bas, je retrouve mes marques dans cette nature aux paysages sauvages du Pfälzerwald dans les Vosges du Nord qui de ce fait devient mienne.
Les petites rivières, le Steinbach et le Sauer entraînent les débris vers le Rhin qui à son tour les transportent vers moi, vers le Nord, vers la mer. Et dans la ville où je réside, en bordure du fleuve Waal, je pense à ces débris et leur point de partance. Et cela m'oblige à intervenir dans cet inéluctable processus de décomposition.
  Du territoire d'origine jusqu'à mon atelier sur la colline, j'emporte pierres et sables: c'est mon matériel de travail qu'ensuite je remets à l'eau pour qu'il poursuive sa route.
 C'est ainsi que mon œuvre a pris forme; dérivée si l'on peut dire du processus naturel en cours dans les Vosges. Bien que la pierre offre bien plus de résistance que vous et moi, elle se décompose malgré tout. Du combat que les éléments ont engagé là-bas contre la dureté de la pierre se dégage une tension qui, nous ne savons pas quand et la plupart d'entre nous, dont vous et moi, n'en verra pas l'issue, finira à la longue par entraîner la délitation de la pierre et sa pulvérisation.
  C'est cette tension que je m'efforce d'exprimer dans mes objets qui peut-être au premier regard vous sembleront robustes, solides ou puisants mais qui après réflexion vous apparaîtront fragiles et vulnéra­bles car non-éternels.
 Je me situe quelque part sur le trajet des Vosges du Nord à la mer. L'eau, enrichie de tout ce qu'elle a reçu et s'est approprié, lentement s'écoule et poursuit sa course. Et pendant qu'elle s'écoule, je trace des marques sur le papier, les mêmes marques que l'on trace dans la nature.
Des fentes dans la pierre et des lignes.
Les lignes verticales que l'homme trace en signe de propriété.
Les piquets.
Les clôtures longeant les prés et entourant jardins.
Le drapeau qu'Armstrong planta sur la lune.
La peintre Alsacien Sébastien dans sa peinture "La grande Vanité" de 1641 voyait la vie ainsi:

"Kunst, Reichtum, Macht und Kühnheit stirbet

 Die Welt und all ihr thun verdirbet

 Ein ewiges kommt nach diesser Zeit

 Ihr thoren, flieht die Eitelkeit "

(Art, richesse, puissance et courage meurent

le monde et toutes ses œuvres périssent

l'Eternité vient après ce temps

oh! fous! fuyez la vanité)